Actualité Médicale

Médecine esthétique : le gouvernement veut plafonner à 30 % l'activité des médecins qui font vos injections de botox et d'acide hyaluronique

Un rendez-vous pour effacer la ride du lion s'obtient parfois en quelques jours, quand il faut attendre des mois pour faire examiner un grain de beauté. Ce décalage, le gouvernement veut le corriger par décret, en plafonnant le temps que les médecins consacrent à la médecine esthétique. Si vos injections de botox ou d'acide hyaluronique font partie de votre routine, le texte vous concerne aussi.

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Par | Publié le 23 Octobre 2026 à 09:24 | mis à jour le 23 Octobre 2026 à 09:24
Une médecin injecte du botox dans le front d'une patiente - Illustration générée par IA
Une médecin injecte du botox dans le front d'une patiente - Illustration générée par IA

Médecine esthétique : ce que le gouvernement veut imposer aux médecins

La médecine esthétique s'est développée en France sans véritable encadrement, et le gouvernement veut y mettre bon ordre. Le projet de décret transmis le lundi 19 octobre aux organisations de médecins, dont l'AFP a eu connaissance, interdit à un médecin de consacrer plus de 30 % de son temps travaillé à l'esthétique. Le reste de son activité doit revenir à la spécialité pour laquelle il est qualifié, généraliste, dermatologue ou autre. D'après le Journal international de médecine, seuls les chirurgiens plasticiens échapperaient à ce plafond, puisque l'esthétique fait partie de leur métier.

Un médecin qui voudrait se lancer dans l'esthétique devrait aussi avoir exercé d'abord cinq ans dans sa spécialité d'origine, puis valider une formation théorique et pratique dont le contenu doit être fixé par arrêté. Ceux qui ne font que cela depuis plus de cinq ans bénéficieraient d'un délai de trois ans pour redescendre à 50 % de leur temps. Enfin, chaque conseil départemental de l'Ordre devrait tenir une liste à jour des praticiens concernés, avec les domaines pour lesquels ils se sont formés : anti-âge, regard, pilosité et cheveux, silhouette ou zone génitale. Selon Egora, le décret doit paraître dans les prochains jours, après d'ultimes consultations.
 
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Pourquoi l'État regarde l'agenda de votre médecin

Pourquoi l'État se mêle-t-il de l'agenda des médecins ? Parce que l'esthétique attire, et que le temps médical manque dans une grande partie du territoire. Le Journal international de médecine rapporte que, selon des estimations du Conseil national de l'Ordre des médecins, ce marché a progressé de 64 % entre 2018 et 2024. Selon le bulletin de l'Ordre de novembre-décembre 2024, deux millions de Français avaient déjà consulté un médecin pour des soins esthétiques, dont 1,2 million pour des injections d'acide hyaluronique ou de toxine botulique. Cité dans un amendement parlementaire de 2025, l'Ordre estimait à 9 000 le nombre de médecins qui pratiquent l'esthétique, à temps plein ou en complément.

Ces actes ne sont pas remboursés, leurs tarifs sont libres, et les rendez-vous se programment sans urgence. Autant de raisons qui détournent une partie des praticiens des consultations classiques, à commencer par certains dermatologues, souvent accusés de privilégier le botox au détriment du dépistage. Nous sommes nombreux à en avoir fait l'expérience au téléphone : on vous propose une date pour un soin du visage avant de vous en trouver une pour une tache suspecte. C'est ce temps-là que le gouvernement veut ramener vers le soin.
 
Un premier projet, porté par l'ancien ministre Yannick Neuder, voulait déjà limiter à 10 % du chiffre d'affaires la part d'esthétique chez les généralistes, avant d'être abandonné. La nouvelle version raisonne en temps travaillé plutôt qu'en recettes, ce qui la rend plus simple à contrôler sur le papier.
 

Vos injections de botox et d'acide hyaluronique ne sont pas interdites

Vos injections, dans tout cela ? Rien dans le projet ne les interdit. Votre médecin pourrait continuer à vous recevoir pour un comblement des rides ou une injection de toxine botulique, à condition de rester sous le plafond. Concrètement, un généraliste qui travaille 45 heures par semaine pourrait y consacrer au maximum 13 heures et demie, le calcul est le nôtre. Pour vous, l'effet le plus probable tient à l'agenda : les praticiens qui faisaient surtout de l'esthétique devraient réduire leurs créneaux, et les rendez-vous chez eux risquent de s'espacer.

La liste départementale tenue par l'Ordre devrait aussi vous servir. Il n'existe encore aucun registre national qui permette de savoir quel médecin pratique l'esthétique ni avec quelle formation, rappelle l'Union de la médecine esthétique, citée par Pourquoi Docteur. Si cette liste devient consultable, nous pourrons enfin vérifier que le médecin qui nous injecte un produit dans le visage y figure, et pour quel domaine il s'est formé. Je trouve que ce n'est pas le moindre intérêt de ce texte pour les patients.
 

« Lunaire » : la colère des médecins et des dermatologues

Chez les médecins, l'accueil est glacial. Sur RMC, la présidente d'un syndicat a jugé l'idée de quotas « lunaire » et indiqué négocier avec le gouvernement pour obtenir des modifications. Les organisations de dermatologues, elles, dénoncent un texte démagogique qui porte atteinte à leur liberté d'exercer. « Dire aux Français que les dermatologues font trop d'esthétique, c'est leur mentir », a lancé au Quotidien du Médecin le Dr Pierre Hamann, président de l'Uness-DV, qui fédère des équipes de dermatologie. Ils y voient une politique d'affichage qui ignore la pénurie de dermatologues elle-même.

Sauf que le débat dépasse la querelle de spécialistes. Plusieurs praticiens redoutent qu'en réduisant l'offre légale, le décret pousse des patients vers les injecteurs clandestins qui prolifèrent sur les réseaux sociaux. Ces pratiques illégales ont déjà entraîné la mort de plusieurs personnes, rappelle le Journal international de médecine. Le phénomène n'attend pas le décret : les signalements d'actes illégaux à visée esthétique reçus par l'Ordre des médecins sont passés de 62 en 2022 à 213 en 2025, un record annoncé par l'Ordre en mars 2026.
 

Avant votre prochaine injection, une vérification à faire

Sans attendre le décret, une règle protège déjà vos injections. L'Agence nationale de sécurité du médicament le rappelle : pratiquées par un non-médecin, les injections d'acide hyaluronique à visée esthétique sont dangereuses et interdites. Depuis le 1er juillet 2024, ces produits ne sont plus délivrés aux particuliers que sur ordonnance. Avant votre prochaine séance, vérifiez donc que la personne qui tient la seringue est bien médecin, même si l'offre vient d'Instagram.

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